Retour au Rhum

HeulaHalvard Mabire et Miranda Merron affichent tous deux, à respectivement 58 et 45 ans, un palmarès et un CV nautique d’une rare richesse, qui inclue pour l’un et pour l’autre des participations à la Route du Rhum. Le Normand et la Britannique ont depuis  depuis 5 années unis leurs existences. Ils partagent ainsi avec la même intensité une véritable passion pour leur métier de navigateur. La rencontre avec Campagne de France, marque des Maitres Laitiers du Cotentin leur a permis de se faire une place de choix au sein de l’exponentielle Class des monocoques de 40 pieds. Elle leur permet, chance inouïe, de vivre chacun leur rêve en prenant le départ bord à bord et non plus côte à côte, de la prochaine Route du Rhum à la barre de leurs Campagne2France et Campagne de France respectif. Petit rapport d’étape à trois semaines du coup de canon :

Halvard et son Campagne2 France, Pogo 40 S3 N°141 :
« Nous rattrapons le retard de la mise à l’eau en navigant systématiquement à deux bateaux avec Miranda. Campagne de France n°101 est parfaitement au point et Miranda le connait par coeur. Elle le fait marcher à 100% de son potentiel, voire même elle arrive à encore améliorer ses performances. C’est donc le lièvre idéal pour moi, d’autant que l’on connait aussi bien les qualités et les défauts du bateau par rapport au reste de la flotte. C’est donc un bon étalon.

Qualités et défauts  de ton Campagne2France flambant neuf?
Les qualités : Campagne2France ressemble fortement à Campagne de France, car ils sont de la même famille des Pogo. Le plan de pont reprend les bons principes de Campagne de France (Un Pogo 40 S2 ndlr) et est quasiment identique, donc je m’y suis tout de suite senti à l’aise. La carène est un peu différente et son comportement est agréable. Nous n’avons pas pu tester le bateau dans toutes les conditions, notamment au portant dans la brise, allure qui devrait être favorable à Campagne2France… en tous cas je l’espère. Campagne2France semble être en tous cas un bon bateau « all around », c’est à dire assez à l’aise quelles que soit les conditions de mer et de vent, et plutôt assez facile à faire marcher. En tous cas il est agréable, c’est déjà un bon point.
En terme de performance il y a encore beaucoup d’inconnues, car nous n’avons fait « que » 900 milles avec les 2 bateaux bord à bord, et c’est forcément trop peu pour se rendre compte comment marche un Campagne par rapport à l’autre Campagne dans chacune des conditions. Jusqu’ici, il n’y a pas de mauvaise surprise, sur Campagne2France par rapport à Campagne de France, mais il y a tout de même des conditions où Campagne de France s’accroche drôlement et démontre un très fort potentiel (surtout au près et dans le petit temps, ce que nous savions déjà, comparativement au reste de la flotte des Class40).

Les défauts : Je pressens que, malgré l’augmentation de la puissance de la carène par rapport à celle de Campagne de France, nous ne sommes pas encore au niveau des bateaux les plus puissants, à savoir les Mach40 et le Bottin d’Alex Pella. Mais on verra bien et je sais aussi qu’en solitaire, le bateau ne fait pas tout. Nous travaillons aussi beaucoup sur nos points faibles avec notre voilier « All Purpose » et la collaboration avec Rémi Aubrun devrait nous permettre de combler certaines petites faiblesses aux allures où nous souffrons un peu… mais je crois que nous devrions être au départ de la Route du Rhum avec une très  belle garde robe.  En fait,le principal défaut de Campagne2France est d’être né un peu tard, mais ce n’est pas de sa faute et cela ne change rien au potentiel du bateau. C’est juste que le binôme skipper/bateau risque probablement d’arriver à maturité complète à l’arrivée du Rhum, et que cela aurait été mieux au départ de la course.
Autre petit défaut, l’ergonomie intérieure par rapport à Campagne de France. Tout l’intérieur deCampagne de France, que nous avions pensé et fini nous même, était bien optimisé pour le confort et la facilité de matossage (déplacement des poids à l’intérieurs – voiles, sacs, etc…) et surtout je m’y étais bien habitué. A l’intérieur de Campagne2 France, j’ai un peu plus de mal à trouver mes marques et le bateau est beaucoup moins bien conçu pour le matossage. Mais le Rhum ne dure pas très longtemps, et si je ne suis pas content dedans, j’aurais qu’à aller à l’extérieur, et là c’est comme Campagne de France.

L’état d’esprit :
Il est serein. (Pas trop j’espère). On ne peut pas dire que je sois vraiment en excès de confiance, mais en même temps, pour l’instant tout du moins, je ne ressens pas de pression. C’est peut-être dû à l’âge et à l’expérience, mais je crois que c’est surtout du au fait que le niveau est tellement homogène et élevé en Class40 que pour quelques « pouillèmes » il sera possible de se retrouver en tête ou à la 25ème place. Donc, dans la mesure où la Class40 échappe à tout pronostic sensé, ce n’est pas la peine de se prendre le chou à l’avance quant à une espérance de place. Certains bateaux partent super favoris. Franchement je n’aimerais pas être à leur place. Lorsque l’on fait les comptes, on s’aperçoit que sur 43 bateaux au départ, plus d’une vingtaine a le potentiel de faire un podium. Je crois objectivement que je fais parti de cette vingtaine, Miranda aussi bien évidemment,… mais il y en a quand même un vingtaine d’autres aussi…

Ce qui m’amuse le plus, et qui est un peu contradictoire par rapport au nombre de transats que j’ai déjà fait, c’est que je ressens  une sorte de curiosité et d’interrogation de voir comment ça va se passer. Cette Route du Rhum reste finalement une grande aventure, que j’aborde comme un Bizuth, avec la même envie de découverte. Il n’y a pas 2 transats en solitaire qui se ressemble et soi-même on ne se ressemble pas toujours par rapport à ce que l’on peut être dans un autre contexte. Mais on ne sait pas à l’avance comment on va être, alors c’est un peu excitant. En tous cas c’est motivant de constater que même à 58 ans on peut partir quasiment dans le même état d’esprit qu’à 20 ans, en se demandant comment ça va être. Une transat en solitaire, ce n’est pas qu’une compétition sur l’Atlantique, ou en tous cas ceux qui pensent ça, je les plains, car il passe vraiment à côté de quelque chose. C’est aussi et toujours une découverte de soi-même. On verra à l’arrivée si je suis encore copain avec moi.

Miranda
Elle me manquera bien entendu, mais comme je sais qu’en solitaire nous n’avons pas le droit de courir en double, il faut bien en prendre son parti. (Rires).  En tous cas, c’est bien que nous soyions tous les deux sur la même course pour vivre la même aventure. Je crois même que c’est une première sur une transat en solitaire et nous avons vraiment de la chance que Campagne de France nous offre cette opportunité.
Normalement nous devrions avoir des choses à nous raconter à l’arrivée et ce sera bien la première fois qu’un gars n’embêtera pas sa femme en lui racontant sa navigation et qu’une fille aura l’écoute de son compagnon quand elle lui racontera comment s’est passé ses courses pendant la dernière quinzaine.

Miranda et Campagne de France, Pogo 40 S2 N°101

La prise en main en solitaire de ce bateau que je connais par coeur se passe très bien. Je commence a m’habituer a faire les manoeuvres sans mon fidèle co-skipper. Nous faisons des entrainements avec les deux bateaux, chacun sur son bateau, et ça fait de la bonne compétition. Et mon bateau, Campagne de France N° 101, je le connais super bien, après avoir couvert plus de 45,000 milles à son bord. On apprends toujours quand on navigue. Mais pas de surprises jusque-la!

Ta seconde Route du Rhum :
Il y a une énorme concurrence dans la très grande flotte des Class40. C’est génial de courir contre tant de monde. C’est beaucoup plus difficile de faire un bon résultat en Class40 que dans toutes les autres classes de la Route du Rhum.

Halvard
Il est bien sûr qu’Halvard va me manquer. J’ai tellement l’habitude de courir avec lui, et il y aura des moments ou il va me manquer, aussi bien pour les décisions stratégiques que pour les manoeuvres, surtout quand les conditions sont dures. Et j’ai bien plus confiance en Halvard à la barre qu’en n’importe quel pilote automatique pour les moments de repos!

La course :
Il y aura du monde sur l’eau durant les trois premiers jours! C’est un peu angoissant. Surtout éviter la collision. La course pure commence au moment ou le dernier bateau presse/ spectateur fait demi tour vers l’est pendant que la flotte poursuit sa route vers l’Atlantique.

 

Photos : Jean Marie Liot – Heula

 

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