Campagne de France à moins de 1 000 milles de l’arrivée

Halvard-avec-fromage-photo-Miranda-Merron

Le long calvaire de la traversée de la Zone de Convergence Intertropicale qui a martyrisé comme jamais la flotte des Imoca de la Transat Jacques Vabre s’est terminé cette nuit pour Miranda et Halvard. Campagne de France navigue désormais dans les alizés de Sud Est et entame le dernier sprint vers Salvador de Bahia. 23èmes au classement, avec encore 4 Imoca de la même génération que leur plan Owen Clark à dérive droite, dépourvu de foils,  dans leur sillage, Miranda et Halvard vont s’attacher à naviguer comme à leur habitude en bons marins, soucieux de préserver leur monture et d’assurer leur classement à Bahia. Un classement qui, rappelons le, permettra à Miranda d’empocher de précieux milles, et d’augmenter avec son total ses chances de participer l’an prochain au Vendée Globe.

 

La minute essentielle d’Halvard Mabire (à lire au second degré il va de soi…)

« Bonjour

Il semblerait que petit à petit nous sortions du Pot de Pus et que nous rentrions progressivement dans les Alizés de Sud Est. Qui sont d’ailleurs très
Sud pour l’instant, ce qui ne nous arrange pas. Mais c’est toujours mieux que la merdasse des derniers jours.

Que dire? Pas grand chose il faut bien le reconnaître.
En effet, généralement, après le passage du Pot au Noir s’installe une certaine
monotonie pour un long bord babord amure, au près un peu débridé au début, puis,
petit à petit, très lentement, le vent s’oriente progressivement vers l’Est au fil de notre descente vers le Sud et nous commençons alors doucement à ouvrir les voiles et à accélerer un peu.

Donc, à part une vie de dahut qui s’installe à bord, avec tout le « matos » bien
soigneusement stocké au vent, à babord, pour participer à la stabilité du navire, éventuellement quelques grains qui viennent pimenter les heures de veille sur le pont, il n’y a vraiment à priori aucune annecdote croustillante à vous fournir. R.A.S. – Rien A Signaler – comme disent les militaires. Et ils s’y connaissent pour ce qui est du rien à raconter.

Face à la gourmandise de la « Come » moderne et à l’insatiabilité des « réseaux
sociaux », j’essaye donc de me projeter un peu et d’imaginer l’angoisse du
« médiamane » du bord, obligé de produire quoi qu’il arrive de l’image, du son (pas pour les ânes, mais pour les média), et éventuellement du texte, bien que ce soit un peu désuet et totalement ringard de nos jours.
Le « médiamane », c’est un gars, ou une fille d’ailleurs – et dans ce cas on dit
mediawoumane, qui est embarqué « en plus » de l’équipage et qui « théoriquement »
n’a le droit de toucher à rien pour les manoeuvres et la performance du
bateau. Mais par contre il, ou elle, filme, fait des photos, des interviews, bref
« raconte l’histoire ». A mon avis, mais je suis un vieux con qui radote, ce
personnage est donc parfaitement incongru dans une course en double ou en solitaire, aussi doué et sympathique soit-il. Mais, parait-il, sa présence devient indispensable pour « faire vivre la course de l’intérieur », et ainsi amener enfin la Course au Large au niveau de bêtise de la téléréalité. Ce dont, paraît-il, tout le monde rêve… en oubliant juste que l’image tue le rêve. Mais si c’est ça qu’ils veulent…

N’ayant pas plus d’inspiration, je laisse donc place à notre « médiamane » pour
raconter la vie du bord.

« Bonjour
Je m’appelle Ouin Ouin, et je suis le médiamane du bateau « Campagne de France »
de Miranda Merron et de Halvard Mabire.
Nous avons été au taquet pendant toute la traversée du Pot au Noir – avez-vous
bien reçu mes photos de nuages très gris et mon film de nuit où on voit des gros
éclairs ? – mais c’était très compliqué et nous avons vu les autres revenir à donf de par derrière. Ils continuaient à tartiner grave pendant qu’on était planté (c’est pas du jeu ça).
Maintenant on touche un peu de vent un peu plus stable et on est impatient que
ça glisse à nouveau pour pouvoir envoyer du lourd. En tous cas on lâche rien.
Pour le passage de l’Equateur j’ai plein d’idées d’images géniales, mais j’ai
pas encore choisi ce que je vais faire. J’hésite entre vous envoyer une photo ou
des fims tournés à l’envers, mais vous allez forcément les retourner et c’est quand même un peu culcul, ou bien demander à Miranda et Halvard de faire le poirier pour montrer qu’ils ont la tête en bas. J’aurais bien aimé aller installer une ligne en ruban sur l’eau pour que le bateau la coupe pour symboliser le passage de l’Equateur, mais au départ au Havre Halvard a pas voulu que j’embarque mon semi rigide avec mon moteur de 50 chevaux (pourtant j’avais pris le petit moteur et j’avais laissé le 215 Cv à la Base). Ou alors je prends le drone et je filme et vous, en studio, avec de l’image de synthèse vous dessinez l’Equateur? Sinon, tout simplement j’envoie une photo d’un instrument qui marque Latitude 0°00’00″? ou mieux, je filme l’écran de l’instrument pour vous montrer qu’on passe de Lattitude nord à lattitude sud. ça; je suis sûr que personne l’a fait. ça va être top. »

Bon, je pense qu’avec l’info ci-dessus vous avez de quoi faire. Ouin Ouin va
envoyer ses images « plus tard ». Pour le son je n’avais rien à dire alors il n’a
pas fait d’interview, et vu qu’il dormait en même temps que Miranda il n’a pas pu l’interviewer non plus. Je n’ai pas touché au texte, j’ai juste essayé de corriger les fautes d’ortographe,
veuillez me pardonner s’il en reste.

A bientôt – Halvard

Miranda
Nous voilà libérés du pot au noir et dand les Alizés de sud-est. Babord amure pour encore quasiment 1000 milles.

Sur le sujet très important qui est la nourriture, nous avons du très bon
fromage à bord, grace à l’équipe de Prolaidis/ France Frais, et nous avons
gardé une partie pour le passage de l’equateur dans quelques heures.

Miranda / Campagne de France

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