Transat retour mars 2017 – 1ère partie

DSCN1211Samedi 11 mars 2017

Les conditions se sont grandement améliorées pour Campagne de France, en approche d’Horta aux Açores, qu’Halvard et Miranda sevraient rallier en soirée…

 

Bonjour

Ce matin, au moment précis où le Soleil se levait, Campagne de France franchissait la barre des 100 milles qui nous sépare de l’isle de Faial.

Depuis hier matin nous avons des conditions de rêve. Pas très rapide, mais il n’y a pas que la vitesse dans la vie. Petit temps médium avec soleil, sous spi, une mer un peu agitée tout de même, mais tellement calme par rapport à ce que nous avons eu, que cela avait presque un petit air de vacances. Même s’il faut bien souvent régler le bateau si l’on veut quand même avancer et ne pas arriver à Horta à la Saint Glinglin. 
L’apothéose a été cette nuit, avec pleine Lune et ciel dégagé. Dans des moments comme ceux-ci, pas si fréquents finalement mais c’est ceux  là que l’on retient, on sait pourquoi on est là.

En effet, le cerveau humain est si bizarrement fait que l’on a une fâcheuse tendance à oublier toutes les situations où l’on se demande vraiment ce que l’on fait là, et à y retourner. Il est évident que l’on ne navigue pas pour se mettre dans la baston, être trempé, avoir froid, et éventuellement éprouver une certaine angoisse en réalisant la puissance des éléments et que l’on est décidément bien petit dans tout ça. Mais voilà, ça fait partie du prix à payer pour avoir le privilège de vivre des moments comme ceux de la nuit dernière. Finalement, c’est comme tout : rien sans rien.

A l’approche de la Terre, on se met curieusement à repenser  à des choses que l’on avait un peu mis de côté lorsque l’on est au Large.  Surtout en ce qui concerne le manger et le boire. Un petit bateau de course, dépouillé à l’extrême comme le Class40 Campagne de France, ne possède évidemment ni frigo ni congelo et la « cuisine » se résume à un simple Jet Boil pour faire bouillir de l’eau. Pour des raisons de poids et de commodité, la nourriture en course (et en convoyage aussi… il ne faut pas perdre l’entrainement) consiste en une base de plats lyophilisés, faciles à préparer, car  il suffit  de mettre de l’eau bouillante dans un sachet, de touiller, de refermer le sachet et d’attendre que le tout se réhydrate. C’est ausi facile à manger, quelque soient les conditions à bords et les mouvements du bateau. Il faut juste avoiur une cuillère assez longue pour bien aller au fond du sachet. De plus il n’y a pas de vaisselle à faire. Bien que les tâches ménagères ne soient pas sans
noblesse, on a autre chose à faire en course. Aussi, le tout produit un minimum de déchets en volume et en poids. Sur Campagne de France, nous optimisons même nos volumes de déchets en compactant tout. Il y a d’ailleurs un concours permanent à celui ou celle qui arrivera à plier son sachet vide de lyophylisé le plus petit possible, et qui le compactera à la fin avec un bout de scotch électrique afin d’obtenir un parallèlépipède minuscule . Ainsi, Campagne de France est toujours le bateau qui a le moins de volume de poubelles à débarquer à l’arrivée des courses (tout en sachant que l’on ne jette évidemment rien de non biodégradable à la Mer!). Bref, le « liof », ça a progressé et c’est pas mal du tout, mais n’empêche qu’au bout d’un moment on se prend à rêver d’autre chose

Dans le registre des envies, chacun a ses préférences. Pour moi c’est assez orienté Fromages, avec la sauce à côté qui va bien avec (du vin, par exemple, au hazard…). Fromages avec du Bon Beurre, bien évidemment. Le gras relève le goût et on en perd toujours un peu à chaque traversée. Et puis de la bonne légume, selon la saison.
Pour d’autres les rêves sont différents. Il m’est arrivé de naviguer avec certains Anglo-saxons (plutôt de l’hémisphère sud), qui eux rêvaient d’un Big Mac à l’arrivée! Ceux là, je les mets dans la catégorie « définitivement irrécupérables ».
Heureusement Miranda n’est pas comme ça (sinon on ne naviguerait pas ensemble!) et elle rêve plus d’un bon steack avec de la salade. Evidemment avec de la bière aussi, une Anglaise reste une Anglaise en toutes circonstances. Par contre c’est une légende tenace que les Anglais boivent absolument la bière tiède. Comme tout le monde ils la préfèrent fraiche, c’est juste que parfois ils ont des problèmes de frigo.

Par association d’idées, on a aussi des envies de paysages. Moi, c’est de l’herbe, bien verte et si possible avec des haies autour. Voilà bien la meilleure image de la terre ferme. D’ailleurs ne dit-on pas « le plancher des vaches »? C’est pas pour rien. Des champs avec des vaches au milieu me ravissent. Surtout quand on pense à tout ce que l’on peut faire de bon avec le lait que ces braves bêtes produisent, le plaisir des yeux rejoint assez vite les envies gustatives. Finalement, avec Campagne de France nous étions faits pour nous rencontrer! 

Par chance, les Açores, sont des Isles assez bien arrosées et l’agriculture qui y est pratiquée y est de qualité et il y a nombre de produits locaux qui répondront complètement à nos envies. Qui plus est, la Population y est très accueillante. Cette escale sur ces Isles un peu perdues en plein milieu de l’Atlantique et sur la route logique d’une transat retour des Caraïbes sera donc surement bien appréciée.

Arrivée à Horta programmée pour cette nuit.

A bientôt

 

 

Vendredi 10 mars 2017

Demain soir à Horta!

Halvard et Miranda, en route vers la France et la Normandie depuis Antigua, vont effectuer une brève escale à Horta aux Açores pour récupérer des très dures conditions de navigation rencontrées en Atlantique, et en profiter pour réaliser quelques menues réparations.

« Enfin! Enfin des conditions de navigation sympa depuis ce matin, pour la première fois depuis le départ d’Antigua. Portant sous spi dans du vent médium, ciel dégagé depuis la fin de la matinée, température redevenue commerciale depuis que le vent est passé Ouest-Sud Ouest et que le soleil est de la partie… Qui dit mieux! On peut commencer à tomber les cirés et enlever quelques pelures.
Enfin aussi nous pouvons être à peu de chose près cap presque direct sur Faial. Par contre cela risque de ne pas forcément durer, car le vent doit continuer sa rotation vers le Sud, c’est à dire que cela va adonner (venir de plus en plus sur l’arrière) et donc nous obliger à tirer peut-être des bords de vent arrière, à moins que cela ne se termine dans la calmasse complète aux abords de Faial.
Le seul petit bémol à cette situation presque idylique est que la DDE du coin n’a pas fait son boulot. En effet, le gars en charge de passer un coup de rouleau compresseur pour aplanir la mer a du avoir un empêchement, ou bien il n’a pas trouvé les clefs de son engin, toujours est-il qu’avec tous les coups de vent qu’il y a eu ces derniers temps dans la paroisse le terrain est plus que cabossé. Et il va falloir probablement un bail avant que ça s’arrange.
Donc ce n’est pas une glissade au portant sur une eau lisse, juste poussé par une houle ou quelques vaguelettes bienvenues pour nous donner des petits coup dans les fesses de temps en temps pour nous aider à partir au surf, mais c’est plutôt une espèce de chevauchée sur un canasson au trot mal réglé. Le bateau butte dans des vagues qui viennent, incongruement, de face, est soulevé par des vagues qui viennent de côté (des deux) mais reçoit quand même quelques vagues qui viennent de l’arrière, ce qui est bien la moindre des choses. Mais tant que l’on n’est pas mouillé sur le pont, on ne se plaint pas et nous finissons par nous habituer à tous ces sautements, qui semblent de tout repos par rapport aux chocs encaissés ces derniers jours. Par contre c’est plus difficile pour les voiles, qui elles, pour être pleinement efficaces, n’aiment pas quand ça dandine et quand des éléments perturbateurs les empêchent de prendre leur forme parfaite, elles font moins bien leur boulot. La gran
d voile donne des coups de lattes dans les haubans et le spi s’agite au lieu d’être une belle bulle bien stable. Alors forcément, dans ces conditions, ça marche beaucoup moins bien, mais la vitesse reste  néanmoins honorable, sans toutefois que l’on risque d’avoir les paupières retournées par la vitesse et par les accélérations. 
Nous sommes par 36°02 N et 32°40 W, à 240 milles de Faial. A la vitesse où nous allons en ce moment (8 à 10kts, mais c’est pas dit que ça dure en fin de parcours) nous devrions donc arriver demain fin de journée ou plutôt en soirée à Horta. Hélas, probablement trop tard pour la fermeture des bars.. 
A plus tard »

 

 

Jeudi 9 mars 2017

En route vers Faial aux Açores!

« Toujours babord amure, toujours secoués, toujours dans un vent aussi instable, oscillant entre 20 et 40 noeuds. Campagne de France continue néanmoins à tailler sa route, non plus en route directe vers Faial, mais cap plus ou moins Est, en fonction des grosses bouffées de vent et de la mer à négocier. Cet écart de cap n’est cependant pas vraiment nuisible à notre progression, car comme le vent doit effectuer ultérieurement une rotation à gauche, passant Ouest, puis Sud-Ouest, cela va nous permettre de faire un grand arc de cercle pour atteindre notre but, probablement sans avoir à trop changer d’amure ni  tirer trop de bords de vent arrière et éviter ainsi quelques fastidieux empannages.

Petit à petit la Mer s’organise et la houle de Nord Ouest  s’amplifie de plus en plus, mais justement la force de cette amplitude écrase un peu les autres houles. La force, doucement mais surement, s’impose au cahos et l’ordre général y gagne. La Nature est ainsi faite. Mais n’est ce pas ce qui permet à toute chose de perdurer?

Si ce n’est pas le grand confort et si, il faut bien l’avouer, c’est franchement usant, la vitesse moyenne reste honorable, compte tenu que nous sommes obligés d’adopter une voilure moyenne, car les changements de force de vent sont si brutaux qu’il nous est impossible d’avoir en permanence l’exacte bonne surface de toile au bon moment. Ainsi nous sommes maintenant à moins de 600 nautiques du but.

Il n’y a pas à dire, ces Class40, pour12 mètres et quelques seulement, sont des sacrés bons bateaux. A aucun moment nous ne  nous sommes sentis vraiment en difficulté, malgré le fait qu’il y a forcément des passages un peu « chauds ». Quand par exemple le vent passe en quelques secondes de 22 noeuds à 35, puis 40, avec des rafales à 45 et que l’on a évidemment pas le temps de réduire la voilure suffisamment, Campagne de France part en survitesse folle et l’on se demande comment cela va finir. On s’attend à un vrac monstrueux, mais finalement le bateau reste en ligne, toujours sous contrôle. Assez incroyable quand on y pense! D’ailleurs on n’y croit tellement pas, qu’on serre un peu les fesses. Pas au point d’en sortir un litre d’huile avec une seule olive, mais quand même. 

Si les vitesses de pointe sont de l’ordre de 16 à 22 noeuds, la vitesse moyenne est néanmoins très décevante, en tous cas pas à la hauteur du potentiel d’un Class40, car nous sommes contraints, avec cette « conjoncture défavorable », d’être la plupart du temps sous-toilés pour faire face à toute éventualités. Eventualités qui se transforment la plupart du temps en faits avérés, sous la forme d’un méchant nuage chargé d’une grosse flatulence d’Eole, qui, bien que  non puante, n’en est pas moins puissante. 

Je crois que si à un moment il y a pétole complète et mer d’huile, même au point de laisser Campagne de France immobilisé voiles pendantes, nous apprécierions… pour un moment en tous cas. Car il y a une chose que je n’ai peut-être pas évoqué jusqu’alors, c’est le bruit. Entre les chocs des vagues, les sifflements des appendices, qui se transforment en hurlements quand la machine s’emballe, le hullulement du vent dans les voiles et le gréement, on ne s’entend plus. Pas étonnant à la longue que je devienne sourd. Les Terriens n’ont d’ailleurs pas bien compris le sens des choses : c’est en se faisant branler que l’on devient sourd, et non l’inverse. Bref, c’est pas comme en bagnole, où on peut se mettre sur le bas côté et tourner la clef de contact quand on en a marre, ou comme le marcheur qui peut s’arrêter pour bivouaquer quand le pas devient lourd. Le Marin doit se démerder avec ce qu’il a et avancer quoiqu’il arrive, tel est son destin. Comme dirait très justement Renaud, 
« c’est pas l’homme qui prend la Mer, c’est la Mer qui prend l’homme ».

Mais quelle chance nous avons de pouvoir encore, au 21ème siècle, être confrontés avec une Nature encore non domptée par l’Homme (et la Mer ne le sera jamais), qui nous impose ses Lois et nous rappelle que nous ne sommes que des petits passagers de cette Planète.

Position à 6h00 GMT : 35°03 N / 39°47 W – à 575 nautiques de Faial – vent 22 à 35 noeuds Nord/Nord Ouest – Cap 85°

 

 

Mardi 7 mars

Un grain Wagnerien!

Nous voici à priori pour un bon moment sur un long bord de reaching babord (vent de travers).
Le vent de travers par mer plate, c’est assez rigolo car en général ça allume bien, mais avec de la grosse mer de travers c’est un tantinet plus scabreux.
En attendant, les Class40 sont vraiment des bons bateaux. Dans les conditions difficiles que nous avons rencontré la nuit dernière nous nous sommes toujours sentis bien sur le bateau et jamais en difficulté. Même capelé par une grosse vague de travers, le bateau continue à glisser et les embardées sont toujours reprises sans trop de difficultés.

Cette nuit nous avons pris un grain wagnérien, avec des éclairs partout au-dessus et autour de nous et un vent fou passant de 20 à 39 noeuds en l’espace de 3 à 5 secondes, pour retomber ensuite à 10 noeuds pendant 1/2 heure en passant momentanément plein Sud, nous obligeant pendant ce laps de temps à tailler notre route vers le  Nord, face à la mer et à la grosse houle, pour sortir de ce pot de pus et retrouver le vent « normal » de secteur Nord Ouest.
Mais le ciel ne nous est pas tombé sur la tête et après quelques heures dans cette merdasse, nous avons pu reprendre notre route sinueuse, au gré des fortes variations du vent, plus ou moins vers les Açores.
A 7heures ce matin, Campagne de France se trouve par 32°30N et 48°50W, avec un vent  de secteur vaguement Nord Ouest, oscillant de plus ou moins 30 degrés et dont la force passe en permanence de 18 à 28/30 noeuds. Dans ces conditions plus que variables nous sommes condamnés à adopter une voilure raisonnable et nous sommes donc tantôt légèrement surtoilés et tantôt largement sous-toilés. Un peu comme à l’Armée, où il n’existe que deux tailles de vêtements : trop grand ou trop petit.

Avec tout ça, il faut donc être toujours sur le qui vive, prêt à changer les instructions du pilote et à régler nos voiles en fonction des caprices d’Eole. Heureusement le pilote, depuis que nous avons changé un de ses composants à Grenade, est toujours fidèle au poste et accomplit sa tâche avec abnégation, sans faillir, pour l’instant. On croise les doigts pour que ça dure. Objectivement, il y a vraiment des moments où l’on aimerait pas être  à sa place. Les plaisirs de la barre, que l’on peut par exemple ressentir dans les grandes glissades au portant, se transforment assez vite en pénitences dès que les embruns balayent le pont, que la nuit est noire comme le fond d’un placard, et que le vent est fou comme en ce moment.

Avec tout cela on prend les choses comme ça vient et il est bien difficile de prévoir une ETA quelconque vers une destination donnée. Nous essayons d’avancer petit à petit vers le Nord Est et si nous sommes évidemment attentifs sur les prévisions à moyen/long terme pour décider notre stratégie générale, les conditions du moment décident  finalement ce qu’il est possible de faire ou pas. C’est un peu l’avantage du convoyage par rapport à la course, le sens marin prévaut sur les enjeux, parfois bien puériles, d’essayer d’arriver à tout prix avant les autres à une destination qu’il est bien difficile d’atteindre sans y laisser des plumes.

 

 

Lundi 6 mars 2017

Nuit d’enfer sur Campagne de France…

« A propos de confort, justement, j’envoie de suite une lettre recommandée au Tour Operator. Il m’avait montré un voyage en exemple en 2010, tout droit entre Antigua et Horta, quasiment tout sous spi dans du medium. Je me doutais bien que des conditions comme ça pour rentrer des Antilles en hiver n’arrivent qu’une fois dans une vie. He bien j’ai eu mon Joker et maintenant c’est pas du tout la même chanson.
La nuit a été agitée, voire pénible sur Campagne de France. 30 noeuds au bas mot, des grains à 45 noeuds et plus. Mais le vent ce n’est rien, on peut  toujours s’en débrouiller avec une voilure adaptée. Le vrai problème c’est la Mer. Avec toutes les méchantes dépressions qui se suivent à la queue leuleu en Atlantique Nord, nous avons droit à une mer croisée forte, avec vagues et houle de Nord Ouest mélangées  avec les mêmes, mais de Nord. Pas vraiment joli en tous cas et cette nuit nous n’avons pas pu faire notre route, mais cap à l’Est étant donné l’état de la Mer. Bref, on a un peu de mal à faire du Nord, d’autant plus que plus on monte et pire c’est.


Ce matin ça va un peu mieux, mais c’est pas encore tout à fait ça. Mais au moins il fait jour, c’est quand même ça de gagné.
En début de nuit, avec la Lune, on peut y voir à peu près sur le pont et surtout on peut voir si le ciel est couvert ou pas et si un mauvais grain nous arrive dessus. Dans ce cas il n’y a pas grand chose à faire, si ce n’est d’abattre éventuellement un peu pour être plus vent arrière, si ce n’est déjà fait. Mais surtout on comprend pourquoi on prend plus de 40 noeuds sur la tronche et ça a un côté rassurant de comprendre. Par contre dans la nuit noire, on est dans l’espace intersidérale. Pas d’horizon, pas de ciel et pas de mer non plus. On ne fait quer ressentir les vagues, mais on ne les voit pas. Au moins comme ça on n’a  pas peur des vagues…


Ce lundi, les conditions sont un tout petit peu plus maniables mais à peine, et si nous  nous rapprochons un peu plus de la bonne direction, pour l’instant on vise plutôt Madère que les Açores, ce qui n’est pas vraiment là où on veut aller.


En plus inutile de préciser que ces conditions musclées n’apparaissent sur aucun fichier météo. Par contre, en regardant les cartes synoptiques, on s’en doute un peu et on imagine bien, si on s’intéresse un peu à la météo, que derrière un front qui nous passe dessus on a de bonnes malchances d’en prendre plein la gueule. C’est pour ça que toutes les personnes qui vivent les courses virtuellement, en se basant uniquement sur ce qu’ils voient sur leur sacro saints fichiers grib, se gourrent à plein sur ce qu’il se passe réellement sur l’eau. Et quand on leur dit que c’est la guerre sur l’eau, ils répondent la gueule enfarinée qu’ils ne comprennent pas et qu’il n’y a que 20 noeuds fichier.


Comme on ne va pas épiloguer sur le sujet sans fin des fichiers météo, on peut quand même dire qu’à 10h30 GMT ce matin Campagne de France est par 30°40N / 52°04W, que nous avons entre 25 et 35 noeuds de vent de secteur Nord/Nord Ouest et que nous faisons un cap approximativement au 75°/80° étant donné l’état de la mer. Le tout à une vitesse très variable aux alentours de 10kts, selon les rafales, les surfs ou les arrêts dans les plantés de vagues.
A bientôt

Halvard – Miranda

 

 

Samedi 4 mars 2017

 Bechamelle infernale

Bonjour
En fait, hier je m’étais trompé et le 4 Mars c’est aujourd’hui. En Mer on fait moins attention aux dates que quand on a rendez-vous chez le dentiste ou que quand on a un truc à payer aux impôts et qu’on prend 10% de pénalités de retard comme qui rigole si on oublie de payer sa dime dans les temps.
Donc le 4 Mars c’est bien aujourd’hui, et même que c’est samedi. Mais nous on voit pas la différence entre les jours de la semaine et les weekend. On fait plutôt la différence entre les jours (ou les nuits) où ça glisse tout seul dans la bonne direction et les jours où c’est un peu plus compliqué et où on a un peu l’impression d’être le jouet des flots.
Justement la nuit du 3 au 4 mars, nous avons eu droit à des grains complexes, avec du vent fou dessous, voir même pas de vent du tout. Donc les quelques milles que nous avons grapillé par ci par là ont non seulement été laborieux, mais on ne peut pas dire que nous ayons fait un pas de géant sur la carte. En tous cas pas à l’échelle de l’Atlantique.
Depuis ce matin, cela va un peu mieux. Au moins il ne pleut plus à défaut d’aller vite. En effet, pour ce qui est du vent c’est un peu faible mou, mais nous sommes sur la bordure d’un Anticyclone qui est en train de se dégonfler, donc c’est normal. Même si cela ne nous avance pas plus, on comprend au moins ce qui se passe.

On comprend aussi ce qui va se passer dans les heures à venir : le vent qui est pour l’instant faible de Sud Ouest va progressivement tourner vers la droite en se renforçant. Donc du vent de secteur Nord à venir, bien chargé en air polaire, histoire de nous réaclimater aux températures hivernales auxquelles nous avons en partie échappé cet hiver.

Le plus compliqué c’est la situation  à venir d’ici 5 à 6 jours, avec cette fichue dépression tropicale bien creuse et soudaine qui risque de se former au Sud des Açores. A chaque nouvelle prévision son centre se déplace et il semble de plus en plus certain que ce fichu machin viendra se mettre à un endroit qui ne fera pas nos affaires. La seule chose qui est par contre absolument certaine c’est que cette dépression va générer dans son Nord des vents de secteur Est soufflant en tempête (et des vent de Nord dans son Ouest, des vents d’Ouest dans son Sud, des vents de Sud dans son Est…normal,  les vents tournant dans le sens contraire des aiguilles d’une montre autour d’une dépression dans l’hémisphère nord – et inverse dans l’hémisphère sud) .
En clair on peut s’attendre à plus de 40 noeuds dans la tronche avec la mer qui va avec et qui sera très amplifiée par les tempêtes qui soufflent sur l’Atlantique Nord, générant ainsi des systèmes de houles croisées. Bref, cela risque de faire une mer pas vraiment gérable. Il n’est donc pas impossible que nous soyons contraints de contourner cet obstacle par le Sud, ce qui rallongerait pas mal la route, mais il y a des conditions météo avec lesquelles il ne vaut mieux pas trop  jouer en cette période encore hivernale.
Nous avons encore quelques jours pour aviser des options à prendre, mais la situation risque de ne pas nous laisser grand choix si les prédictions se confirment.
En tous cas c’est un cas de figure intéressant et pas banal, car si nous sommes contraints de faire le tour de la paroisse, cela veut dire qu’il va falloir quasiment se caler sur la lattitude de Madère et attendre d’avoir dépasser la longitude de ce fichu monstre avant de pouvoir remonter en profitant des vents de Sud qui sont sur son flanc Est. Ce serait une route plutôt originale sur un retour des Antilles, mais de nos jours on peut s’attendre à tout ma Bonne Dame. Comme aurait dit ma Grand-Mère, ce doit être avec leurs Spountnicks qu’ils détraquent le Temps… et aussi probablement à cause de tous les autres bazars que l’homme balance dans la Nature comme diraient certains.

Mais encore une fois, on verra bien et on ne va pas pleurer avant d’être battu. Tout ça c’est de la prévision à moyen terme et la météo n’est une science exacte que lorsqu’elle constate le temps qu’il fait. Il y a encore des évolutions possibles, mais c’est un phénomène qu’il nous faut surveiller de près si l’on ne veut pas se retrouver dans une bechamel infernale. En tous cas ça occupe…

A bientôt

 

 

Vendredi 3 mars 2017

Les bons mots d’Halvard…. le poisson de pont de Class40…

« Décidemment la météo s’annonce complexe pour ce retour vers l’Europe. Pour l’instant Campagne de France fait toujours route au Nord, avec à peine un très léger soupçon d’Est dans la route.
Mais ce n’est pas pour cela que l’on va forcément attrapper un train de dépressions qui va nous amener des vents portants pour nous pousser dans la bonne direction. En effet, alors qu’une méchante dépression est en train de se creuser au Nord au milieu de l’Atlantique pour générer des vents de la force d’un ouragan, plus au Sud le fameux Anticyclone des Açores, celui qui nous donnerait un bon flux d’Ouest sud Ouest raisonnable, est en train de gentiment se casser la figure et il risque fort de laisser la place à une dépression tropicale qui risque de s’interposer entre nous et les Açores. Pas très bon pour nous. Mais la situation générale est très changeante et comme nous sommes à échéance de 5 à 6 jours, on peut espérer que cela change encore. C’est quand même pas banal d’en être rendu à espérer que la météo se trompe.

En attendant nous profitons des derniers jours de température acceptable. Malheureusement, comme nous sommes à une allure assez près du vent ça mouille beaucoup sur le pont, donc on ne profite pas pleinement de la terrasse. Par contre, partant du principe qu’en toute mauvaise chose il y a forcément un peu de bon qui se cache quelque part, les vagues qui s’abattent sur le pont nous amènent de temps en temps de quoi améliorer l’ordinaire du bord côté manger. Si les sargasses ne sont d’aucun intérêt, en revanche les poissons volants sont plus que comestibles. Donc ce matin petit déjeuner composé de porridge et de sashimi de poisson volant (pas dans la même gamelle quand même, bien que rustre le Marin garde néanmoins un certain raffinement pour ce qui concerne le manger). La chair de poisson volant est très délicate. Il faut dire qu’il n’y a pas tant que ça de poissons qui peuvent se targuer du label « élevé en plein air », ni même « pêché en plein vol ». On connait le poisson de ligne, le poisson de chalut, le poisson d’élevage, mais bien peu de gens ont accès au « poisson de pont de Class40″. C’est un nouveau produit Campagne de France, plus frais que frais.

Pour l’instant nous sommes par 24°N et 60°W. C’est un peu au milieu de nulle part, donc on n’est pas vraiment dérangé par le passage. Par rapport à des repères terrestres c’est à peu près à la lattitude de Miami et à mille bornes dans le Sud/SudEst des Bermudes. Pas très loin du fameux Triangle des Bermudes, mais il n’est pas marqué exactement sur la carte. Je crois qu’il est dans notre Nord Ouest. Il parait qu’il y a des bateaux, des avions et même des gens qui ont disparus dans ce coin là, mais il n’y a pas besoin de venir aussi loin pour disparaître. En tous cas, avec le monstre du Loch Ness, les extra terrestres et le trésor des Nazis, ça en a occupé quelques uns et le papier ne refusant pas l’encre ça a du mettre un peu de beurre dans les épinards de certains éditeurs. Mais promis, si jamais on voit quelque chose de spécial, bien sûr qu’on vous raconte. On essayera aussi de prendre des photos, mais on les floutera et on s’arrangera pour qu’on voit rien dessus pour que ça
fasse plus vrai. Le cerveau humain est ainsi fait qu’il a plus tendance à croire ce qu’on lui raconte plutôt que ce qu’il voit. Mais comme c’est comme ça depuis l’éternité, tout le monde s’en arrange comme il peut et ça n’empêche pas la terre de tourner.

En attendant, nous avançons à la vitesse d’un Velosolex en côte, pas dans la bonne direction qui plus est, mais malgré tout à peu près deux fois plus vite que les bateaux qui revenaient à la Voile des Antilles aux siècles passés, les cales chargées d’épices… et de trésors bien sûr!

A bientôt »

 

 

Mercredi 1er mars 2017

Campagne de France vogue… vers la France

La grande campagne hivernale d’Halvard Mabire et Miranda Merron aux Antilles s’est achevée la semaine dernière à Antigua, avec une belle deuxième place dans la Caribean 600, catégorie Class40. Le temps d’un peu d’avitaillement et le duo de skippers de Campagne de France a repris la mer aujourd’hui en début d’après midi (heure française), pour une nouvelle transatlantique, retour cette fois, à destination de leur port d’attache de Cherbourg. 3 000 et quelques milles de traversée les attendent, envisagés, à l’instar de la RORC Transatlantic race remportée brillamment à l’aller, comme la poursuite de la mise au point et de l’optimisation de leur Class40 construit l’an dernier. Halvard et Miranda vont d’ici 15 à 18 jours, retrouver la métropole, à temps pour débuter au meilleur de leur forme, la saison européenne de la classe, avec en points d’orgue, la Normandy Channel race, Les Sables Horta, la Fastnet race et la Transat Jacques Vabre.

« Nous sommes heureux de cette hivernage aux Antilles, qui nous a apporté bien au delà de ce que nous étions venus chercher » Halvard et Miranda quittent à regret les îles enchanteresses de la Caraïbe au terme d’une campagne sportivement mais aussi humainement couronnée de succès, et riche de moult enseignements. «  Nous gagnons la transat du RORC entre Les Canaries et la Grenade, et disputons deux épreuves organisées par le Royal Ocean racing Club de Plymouth, mon club » poursuit Miranda. « Notre périple à travers l’arc antillais nous a offert énormément de rencontres toutes plus enrichissantes les unes que les autres » insiste Halvard. « Nous avons découvert une autre manière d’appréhender notre sport de voile, une manière à la fois plus anglo saxonne, mais en définitive très internationale, sérieuse mais décontractée, très respectueuse des valeurs liées à la pratique de la voile, et à la manière de vivre la mer. Nous rentrons avec le sentiment d’avoir beaucoup progressé dans la compréhension de notre bateau, et heureux de toutes ces rencontres et de ces découvertes insulaires. On oublie trop, derrière les impératifs sportifs, que la pratique de la voile est avant tout liée au voyage, à la découverte, et à la rencontre. Notre périple antillais nous a rappelé de très agréable manière pourquoi nous faisons ce métier… »

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