Deuxieme etape de l’Atlantic Cup: Campagne de France 3eme

NEWPORT 22 Mai

Bonjour à tous

Nous voici à Newport, terme de la deuxième étape de l’Atlantic Cup.
Avant de parler un peu de cette deuxième étape, que nous avons finalement finie en 3ème position, il faut tout de même revenir sur un des moments les plus forts de cette Atlantic Cup : l’arrivée à New York, à la Voile et de nuit.
Bien avant de contourner la pointe sableuse si bien nommée « Sandy Hook », qui marque la rive sud de l’entrée de l’estuaire de New York, nous pouvions deviner la présence de la Grande Ville par l’impressionnant hallot de lumière qui remplaçait la nuit dans tout notre quart nord ouest. En passant Sandy Hook, nous étions encore à plus d’une vingtaine de mille du but, et nous étions au contact direct à 2 milles derrière « Mare ». Etant donné que nous allions avoir à tirer de nombreux bords de portant, tous les espoirs étaient encore permis pour essayer de grapiller la plus haute marche du podium de cette première étape.
La nuit était sans lune, mais le hallot de la ville était si fort que l’usage habituel des lampes frontales était bien superflu pour nos manoeuvres diverses. En plus des lumières fixes de la Terre, il y a toutes les lumières qui bougent. Sur l’eau d’abord. Il y a des cargos et portes containers variés qui entrent et qui sortent presque en permanence. New York est un port de commerce, aussi. Les bateaux pilotes entrent et sortent frénétiquement en fonction du trafic maritime. Et pour compliquer les choses, il y a également des barges en masse. Certaines sont tirées par des remorqueurs, d’autres sont poussées et enfin il y en a beaucoup au mouillage. Des cargos aussi sont au mouillage. Histoire de rajouter un peu de lumière et de faire quelques obstacles de plus. Inutile d’ajouter que tout ce petit monde là ne s’arrête pas la nuit, 24 heures sur 24 c’est la ruche dans le coin. Heureusement que nous avons l’AIS à bord. Cette précieuse aide à la navigation nous signale tous les navires en mouvement, en nous indiquant leur cap et leur vitesse. Le problème c’est qu’il y en a tellement que notre écran ressemble plus à une photo de fourmilière qu’à une carte de navigation. A se demander s’il ne nous faudrait pas une formation de contrôleur aérien pour arriver à suivre toutes ces cibles… Et à propos d’aérien justement, il faut parler aussi des lumières dans le ciel. Il y en a partout. Il y a en permanence des avions qui décollent et atterrissent sur un des trois aéroports qui deservent New York. Comme les avions volent forcément bas lorsqu’ils sont en approchent, il faut un certain temps pour savoir si les feux de route qui défilent autour de nous sont « flottants » ou « volants ». Mais partant du principe que les avions vont tout de même un tantinet plus vite que les bateaux, on finit tout de même par s’y retrouver. N’empêche que ce n’est pas si facile, car les feux d’un avion à grande distance défilent moins vite que ceux d’un navire à proximité, et ils ne sont pas non plus forcément plus haut au-dessus de l’horizon. En tous cas, il y a du monde dans le bourg. Il faut être très vigilant, car c’est à nous de nous pousser et d’éviter tous ces obstacles, fixes ou mouvants. Les navires de commerce sont prioritaires dans les chenaux et n’ont aucune possibilité de manoeuvre, et aussi il vaut mieux éviter de passer entre un remorqueur et la barge qu’il remorque… Le tout sous spi en déboulant entre 8 et 12 noeuds… pas le moment de rêvasser et les empannages s’enchainent.
Nous savions que jusqu’à franchir la ligne d’arrivée, située juste sur Manhattan, nous n’allions pas chômer. Pas le temps de se poser 5 minutes. Entre les empannages, le suivi attentif de la navigation à cause des nombreux bancs de sables, le marquage de « Mare » et les manoeuvres pour éviter les collisions avec les engins flottants les plus divers, il y avait largement de quoi s’occuper et le moment ne pouvait être dédié à la contemplation béate d’une arrivée forcément magique sur New York. N’empêche… On en a tout de même pris plein les mirettes !
Si on voit le hallot depuis très loin, on ne découvre pas la ville tout de suite. Il y a quelques méandres et c’est seulement une fois passé sous le fameux Verrazano Bridge que petit à petit Manhattan apparait. Le haut des buildings apparait avant la base même de la ville. C’est la première chose qui frappe quand on arrive sur Manhattan, on a l’impression que c’est une ville debout. On découvre Manhattan un peu comme quand on voit un grand escogriffe s’approcher à notre rencontre : on voit la tête bien longtemps avant de découvrir la couleur des godasses. En approchant, à quelques milles de Manhattan, nous voyons sur notre gauche une grande dame bien éclairée en train de faire du stop. Finalement nous décidons de ne pas la prendre. Elle est un peu grande pour entrer dans le cockpit et puis si on embarque la Statue de la Liberté, on risque peut-être les ennuis avec l’Immigration quand on va arriver au port.
En tous cas, ça fait tout de même quelque chose que de passer au pied de cette statue avec CAMPAGNE DE FRANCE. J’espère au moins qu’en nous regardant passer ça lui rappelle des souvenirs de son pays d’origine à la brave Dame. Pour nous, ce n’est pas sans émotion que nous découvrons New York de la même façon que tous les émigrants arrivés par la Mer. La première fois que je suis allé à New York, c’était aussi à la Voile, il y a fort longtemps, mais c’était de jour.
Je crois que de nuit c’est encore plus impressionnant. Surtout qu’ils ne doivent pas savoir ce que c’est qu’un interrupteur dans le coin. Tout est allumé. L’économie d’énergie et « l’environnemental » est un bon sujet de conversation dans les diners branchés, mais si on parle de commencer à éteindre les lumières dans les villes, il n’y a plus personne. A croire que le citadin a peur du noir. Mais pour l’instant, on ne va pas trop critiquer, vu que c’est tellement beau. Après tout, l’esthétique, ça n’a pas de prix et il y a des moments où cela fait du bien de profiter d’un beau spectacle sans culpabliser.
Plus nous approchons et plus il faut lever la tête pour voir la ville dans son entier. Il faut bien s’habituer. A New York, c’est comme ça. Tant qu’on est pas blasé, on se ballade la tête en l’air, à la recherche d’un coin de ciel et aussi, il faut bien l’avouer, c’est tout de même impressionnant ces « gratte ciel

Finalement nous ne finissons que deuxième. Une manoeuvre mémorablement ratée, la première en 19.000 milles de course, mais comme il se doit au plus mauvais moment, nous enlève tout espoir de rattraper « Mare ». Une fois la ligne franchie, nous nous amarrons à North Cove Marina. Nous avons bien de la chance d’être là, nous sommes vraiment au coeur de Manhattan, exactement là où se trouvaient les deux fameuses Tours du World Trade Center, détruites le 11 Septembre 2001. Des nouvelles tours, beaucoup plus belles et encore plus hautes sont en construction pour les remplacer et au rythme d’un étage par semaine il ne faudra plus très longtemps avant qu’elles ne soient achevées. Chantier impressionnant, à quelques mètres de nos bateaux, et décidément c’est bien avec un torticoli que nous repartirons de New York. Pour des petits campagnards comme nous, ça fait drôle que de découvrir une ville haute. Les rues, même larges, sont des étroites vallées, bordées de grandes falaises d’immeubles. Si à New York on ne se ballade pas en regardant en l’air, c’est que l’on commence à s’habituer et à être blasé et que probablement il est temps de repartir…

L’escale New Yorkaise est passée bien vite. Entre les réparations diverses, les travaux de maintenance habituels sur le bateau, et les pénibles corvées comptables et administratives qui ne pouvaient attendre, le tourisme ce sera pour une autre fois. Aussi nous avions une journée de régates « Pro-Am » la veille du départ. Une régate au pied de Manhattan, entre le World Trade Center et la Statue de la Liberté, ce n’est pas tous les jours que ça arrive ! Pour Campagne de France, cela s’est bien passée et les invités du bord étaient ravis de notre deuxième place. Pour nous ce fut tout de même un certain stress que d’avoir 5 personnes étrangères à bord, surtout qu’elles n’étaient pas toutes forcément très aptes à la navigation et que nous devions donc veiller, en plus que de faire marcher le bateau, à ce que tout ce petit monde rentre entier à bon port.

La deuxième étape entre New York et Newport fut intense, avec beaucoup de rebondissement. Après avoir mené la première partie de la course et viré la marque sud, au large du New Jersey, bien en tête, il nous était bien difficile de contrôler la meute des poursuivants, étant donné que nous étions de nuit et que nous ne recevions pas de positions à intervalles suffisants pour pouvoir bâtir la moindre tactique de contôle. Nous avons donc laissé partir une partie de la flotte sur une option Est qui fut assez profitable. Mais nous avons tout de même réussi à nous recaler un peu pour éviter le pire et nous n’allons donc pas nous plaindre de notre 3ème place.
La seule chose qui est embêtante, c’est que comme le trio de tête est le même dans la 1ère et 2ème étapes, nous ne sommes que 3ème au classement général provisoire. Ce qui est assez rare avec une place de second et une de troisème. Mais c’est comme ça et le niveau de la flotte étant excellent dans cette Atlantic Cup la moindre petite erreur coute cher.
Le week end prochain nous avons les régates en baie en équipage et d’ici là une foule de bricoles à faire cette semaine pour être prêt. Donc pas le temps de nous ennuyer.

A très bientôt
CAMPAGNE DE FRANCE à Newport, Rhode Island. USA.

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