Bonjour à tous
Nous avons quitté Newport hier et Campagne de France fait route vers le Nord
afin de se rapprocher de l’embouchure du Saint Laurent et ensuite rejoindre
Québec pour la Transat Québec-Saint Malo.
Nous allons vers Portland, dans le Maine, où nous prévoyons de faire un
petit chantier pour la préparation de la Transat Québec Saint Malo.
Le rythme de l’Atlantic Cup et les diverses bricoles et entretiens du bord
ne nous ont pas laissé beaucoup de loisirs pour pouvoir vous raconter
comment s’est finie cette belle épreuve.
En fait pas très bien pour Campagne de France. Malheureusement, les
dernières séries de régates se courraient en équipage, et non en double
comme pour les 2 étapes au large entre Charleston, New York et Newport. A
l’issue de nos deuxième et troisième place dans ces étapes « offshore », il
aurait été normalement assez aisé de conserver au moins notre place sur le
podium, voir mieux.
Mais obtenir des bons résultats dans des petits parcours « inshore », en
équipage de six, avec des bords très courts et des manoeuvres incessantes,
suppose de disposer d’un équipage expérimenté et entrainé. Et justement, un
équipage cohérent c’est bien ce qui nous a manqué sur Campagne de France. Ce
n’est pas pour chercher des excuses, mais force est de constater que lorsque
l’on est loin de ses bases et que l’on n’a pas les moyens de « shangaïer » ni
de défrayer les professionnels qui vont bien, constituer un bon équipage
tient un peu de la gageure.
Chaque poste est capital et si un seul des six membres du bord n’est pas au
niveau, cela représente un handicap très sévère, car la réussite de chaque
manoeuvre repose sur la cohérence de l’ensemble du Team, et non sur des
adresses individuelles (même si celles ci sont parfois bien pratiques pour
justement rattrapper de temps à autres les bourdes des « éléphants »). C’est
un peu comme si dans un orchestre symphonique tous les percussionistes
seraient systématiquement totalement à contre temps. C’est bien connu, si on
inverse le « zim » et le « boum » de la cymballe et de la grosse caisse, cela ne
ressemble plus à rien et l’on tombe dans le grotesque.
En général nous n’étions pas trop mal à la première marque, mais dès qu’il y
avait une manoeuvre à faire nous ne faisions que perdre des places, et sur
des parcours très courts, cela ne pardonne pas, car il y a bien peu de temps
ou d’occasions pour pouvoirs espérer « se refaire ». Ainsi nos résultats ne
furent guères brillants, à l’exception de la dernière manche que nous
finissons 3ème.
Au final, nous voici 2 bateaux à égalité de points pour la 3ème place au
général. Dans ce cas on compare les résultats dans chaque manche et les 4
ridicules petites régates inshore ont donc pesé anormalement lourd dans la
balance, par rapport aux deux longues manches au large, qui constiruaient
pourtant l’essentiel de cette AtlanticCup. Bref, comment perdre un podium
… et le prix en espèce qui va avec! C’est pas tellement que l’on court
pour l’argent… mais quand même, ça aide…
A part cette déception de résultat, nous garderons un bon souvenir de cette
Atlantic Cup. Organisateur sérieux, beau plateau, beau parcours, bonnes
escales. Evidemment, comme toujours, il y a probablement quelques points à
améliorer, mais cette course a de l’avenir.
Aussi, finir à Newport à été une bonne occasion pour redécouvrir cette « cité
de la voile » de la côte Est américaine. Newport fut le théâtre de
l’America’s Cup depuis son origine, c’est à dire depuis que la goélette
« America » est allé ravir la Coupe des 100 guinées en Angleterre en 1852 pour
la ramener aux Etats Unis, où le fameux pichet pris tout naturellment le nom
du premier bateau ayant remporté ce Trophée. La « Cup » est restée à Newport
jusqu’en 1983, année où l’aigle américain fut terrassé par le kangoorou
australien. Il faut dire que ledit kangoorou avait sorti de sa poche
ombilicale une quille révolutionnaire, dotée d’ailettes, qui allait faire
couler beaucoup d’encre et qui serait moulte fois copiée à l’avenir. (En
plus, à part la quille, les Australiens étaient aussi probablement mieux
préparés que les Américains cette année là, mais les média et l’Histoire
aiment toujours mettre en valeur « un détail », qui a lui seul doit tout
expliquer…).
Newport fut aussi le port d’arrivée des premières Transat en Solitaire.
C’est à Newport que Tabarly a gagné par 2 fois la fameuse Transat en
solitaire anglaise, en 1964 et 1976. L’image est celle d’un vainqueur
émergeant de la brume, et c’est vrai qu’à Newport le brouillard est
fréquent. Ce doit être fait exprès pour apprécier encore plus la beauté des
lieux quand la brume se lève…
La « Cup » et les Transats ont quitté Newport depuis bien longtemps, mais la
Voile reste tout de même la principale activité de cette belle place. Nous
avions la chance d’être amarrés au « Newport Shipyard » et les plus beaux
bateaux de course du monde passent forcément par ce chantier un jour où
l’autre. La puissance des moyens de manutentions de ce chantier (un
travelift de 330 tonnes, entre autres…!), ainsi que son emplacement
permettent de drainer aussi la clientèle des « Super Yachts », et il y a
toujours des unités extraordinaires à admirer au Newport Shipyard. A noter
que je suis déjà venu à plusieurs reprises à cet endroit, et que même
lorsque j’y étais avec Mari Cha 4 ou Orange 2, respectivement longs de 45 et
40 mètres, nous n’étions jamais les plus gros bateaux de la marina. Donc nos
CLass40 faisaient un peu petits, mais néanmoins ils suscitèrent beaucoup
d’intérêts. La course au Large reste quelque chose d’innexplicable pour les
Américains et de constater que nos pet
its bolides de course peuvent aussi traverser les océans leur en bouche un
coin.
Au moment où je vous écris, nous avons passé le travers de Boston il y a
quelque heures et au fur et à mesure que nous montons vers le Nord, nous
ressentons les effets du Labrador (le courant, pas le chien !) sur la
température. Nous avons emprunté le Canal du Cap Cod, qui nous a évité de
faire tout le tour de Nantucket et de ses fameux bancs. En passant le Cap
Cod, nous prenons conscience d’un retour vers nos latitudes et qu’ainsi nous
nous approchons définitivement de la route du retour. Mais avant de
retrouver la Vieille Europe, nous avons encore quelques pays à découvrir et
surtout une Transat mythique à faire.
A bientôt
Campagne de France, en route pour le Maine (USA)
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juin 4th, 2012 




